La sécurité aussi peut payer.

28/05/2019

 

Pas de gains sans risque ? La sélection de valeurs françaises établie par la société d’analyse Valquant dément cet adage.

 

Après une fin d’année 2018 désastreuse en Bourse, bon nombre d’investisseurs particuliers ont préféré liquider leur portefeuille en attendant des jours meilleurs. D’autres, qui songeaient à placer une partie de leurs économies sur les marchés, ont renoncé. Dommage, car l’année 2019 a démarré sur les chapeaux de roue : le CAC 40 a gagné plus de 13% au 1er trimestre et retrouvé ses plus-hauts depuis l’été dernier. Et les autres marchés mondiaux affichent presque tous des performances à deux chiffres.

 

Ce rebond printanier, aussi brutal que l’avait été la bourrasque hivernale, s’explique en partie par la confiance retrouvée des investisseurs en l’environnement macroéconomique : la croissance chinoise a repris de la vigueur et les banques centrales ont ouvert à nouveau le robinet monétaire pour ne pas enrayer la croissance mondiale, fragilisée par les guerres commerciales et de nombreux risques géopolitiques.

 

Les épargnants ont-ils laissé passer le train ? C’est un risque qui explique pourquoi les investisseurs hésitent tout de même à revenir en Bourse : les valorisations sont devenues moins attractives et la volatilité, plus forte. Eric Galiègue, président de la société d’analyse Valquant Expertyse, à fait tourner ses logiciels pour repérer des valeurs françaises « moins risquées » que les autres dans cet environnement volatil.

 

Quatre filtres.

 

Pour y parvenir, il a passé les entreprise du SBF 120 à travers quatre filtres. Tout d’abord, un filtre « rétroviseur », qui analyse la régularité des performances des entreprises depuis 10 ans : croissance du chiffre d’affaires, du cash-flow, des résultats et du dividende. Deuxième filtre, la solidité financière de l’entreprise, avec le niveau d’endettement qui doit rester supportable (via les ratios de dette sur fonds propres et dette sur cash-flow). Ensuite, Valquant a évalué « le risque de prévisibilité » en comparant les écarts entre les anticipations des prévisions passées et leur réalisation effective. Dernier filtre, assez inhabituel : la dispersion du consensus. « Si les avis des analystes divergent beaucoup, je considère qu’il y a un risque », explique Eric Galiègue.

 

Après avoir passé ces quatre filtres sur le SBF 120, la liste obtenue rassemble des entreprises à haut potentiel d’appréciation et à faible volatilité. En théorie, le risque est synonyme de rentabilité mais que nous enseigne la valorisation des entreprises ?

 

Des PER trop élevés ne sont obligatoirement un signe d’achat sur le long-terme.

 

Le niveau de PER (cours rapporté au bénéfice net) pour le marché dépend du degré d’optimisme des investisseurs dans l’avenir.

 

En 2008, au lendemain de la faillite de Lehman Brothers, le PER était tombé à 7 fois, malgré des bénéfices élevés cette année-là, mais le marché redoutait une entrée en récession et un effondrement des profits en 2009, ce qui fut le cas. En 2014, le PER a grimpé jusqu’à 18 fois, sous l’impulsion du premier quantitative easing de la BCE. L’argent s’est mis à couler à flots pour éviter une déflation, et les investisseurs étaient prêts à payer très cher les actions ! Aujourd’hui, le PER du CAC 40 se situe entre ces deux extrêmes, à moins de 14 fois les bénéfices attendus pour 2019.

 

 

Il s’agit évidemment d’une moyenne. Au sein du SRD, nous pouvons distinguer trois types de valeurs : celles qui se paient plus de vingt années de profit, celles qui sont valorisées moins de 10 fois et, enfin, les entreprises dont l’évaluation tourne autour de la moyenne du marché.

 

Commençons par les valeurs chères en absolu. Nous y trouvons, bien-sûr, les acteurs du luxe : Hermès (39 fois), Rémy Cointreau et L’Oréal (30 fois chacun), LVMH (21 fois). Très dépendant de sa marque Gucci, Kering ne fait pas partie de ce club (18 fois). Le secteur technologique est également bien représenté, avec Dassault Systèmes (37 fois), dont la valorisation tutoie celle d’Hermès, suivi de Worldline (32 fois), d’Edenred (30 fois) et de Soitec (23 fois). La santé dispose aussi de ses stars, comme Sartorius Stedim Biotech (40 fois), BioMérieux (30 fois) ou encore Orpea (25 fois). Sont présents également des concessionnaires tels que Getlink (43 fois) ou ADP (28 fois), en cours de privatisation. A l’opposé figurent les secteurs de l’automobile, avec Renault, dont le PER de 4 fois fait du constructeur la valeur la moins chère non seulement du CAC 40, mais aussi du SRD (alors que, ironie du sort, son patron était le dirigeant le mieux payé de France). Les financières cycliques (ArcelorMittal, Saint-Gobain…) sont mal valorisées et, plus surprenant, certaines SSII. Sopra Steria et Atos ne se paient que 9 fois.

 

En conclusion nous pouvons dire que, boursièrement, ces informations ne nous amène pas forcément à vendre ce qui est cher en apparence et à acheter les sociétés faiblement valorisées.
Si certains titres affichent des PER élevés, c’est pour de bonnes raisons. Généralement, ces entreprises sont parvenues à tenir, régulièrement, leurs objectifs et elles affichent de belles croissances, tandis que d’autres offrent une faible visibilité, voire aucune, sur leur modèle économique.

Pour faire le tri, nous vous proposons de vous focaliser sur les sociétés dont le PER est élevé du fait d’une croissance annuelle de plus de 10% des profits attendus en 2019 et en 2020. Il ressort que Hermès, Worldline, Rémy Cointreau, Orpea, entre autres, sont dans ce cas-là.

 

Nécessaire diversification.

 

Ces valeurs sont-elles vraiment sans faille ? « Tout est vrai jusqu’à ce qu’il y ait une mauvaise surprise. Quand une boite de qualité se plante, ça fait très mal », se souvient le président de Valquant. Il y a eu quelques exemples retentissants dans le passé : la Générale des Eaux dirigée par Jean-Marie Messier, qui a voulu devenir un empire ; Carrefour, au début des années 2000, qui a bien failli ne pas se remettre de sa fusion avec Promodès… Leurs cours de Bourse ont dévissé et il a fallu des années pour retrouver le niveau d’avant-crise. Il faut donc réduire le risque de ces valeurs en diversifiant son portefeuille, c’est-à-dire en choisissant au moins une dizaine de valeurs et dans des secteurs différents. Dans la sélection de Valquant pour Challenges, on retrouve des secteurs variés, comme le luxe, la pharmacie, l’industrie, la technologie ou l’agroalimentaire. Mais pas de financières ni de valeurs trop cycliques, qui altèrent la performance sur longue période. Autre point commun de ces valeurs, leur position de leader européen ou mondial, qui leur assure une plus grande stabilité dans les périodes de secousses économiques. De quoi bâtir un portefeuille moins risqué, îlot de stabilité dans un univers boursier devenu plus volatil.

 

 

 

(Source : Damien Pelé – ValquantChallenges)

 

 

 

 

 

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