Que se passe-t-il concrètement sur les marchés financiers ?

25/03/2020

Face à la crise financière liée à l’épidémie de Covid-19, quel est l’avis de nos amis gérants ? Matthieu Rolin et Nolan Hoffmeyer, gérants de fonds sectoriels Thematics (groupe Natixis) donnent leur point de vue :

 

Nous connaissons une crise sanitaire sans précédent dans l'histoire moderne. Les marchés anticipent un ralentissement très fort de l'économie mondiale. Au-delà du désastre humain que cela représente, l'un des problèmes majeurs est que les agents économiques ne sont, à ce stade, pas capables de prévoir la fin de cette crise sanitaire. Aussi, en manque de repère, le marché va dans tous les sens, parfois sans cohérence. Les banques centrales et les gouvernements interviennent massivement pour essayer de rassurer et calmer la situation. Les banques centrales essaient, tant bien que mal, de protéger le système financier, le marché de la dette et le système interbancaire, pendant que les gouvernements des principaux pays touchés annoncent des mesures de soutien très fortes, à la fois à l'endroit des particuliers et des entreprises.

 

Les investisseurs et les analystes financiers ont besoin de repères pour travailler. Sans visibilité sur la fin de la crise sanitaire, et donc sur une date de retour à la « normale », le marché continue de tanguer. Mais au-delà de la date de la fin de cette épidémie, il faudra aussi connaitre la sévérité de l'impact sur les opérations et les comptes des entreprises, ainsi que la vitesse de normalisation.

 

Quels sont les secteurs les plus touchés ?

 

Tous les secteurs de l'économie sont touchés par cette crise. Naturellement, les secteurs les plus cycliques sont les plus pénalisés en bourse. Les secteurs de la finance, de l'industrie et de l'énergie sont pour le moment les grands perdants, affichant les baisses les plus importantes depuis le début de l'année.

 

Du point de vue des styles de gestion, la gestion Growth a continué à surperformer la Value, notamment du fait de la baisse très forte des rendements obligataires, et ce malgré la pentification de la courbe des taux. De la même manière, les titres de grande qualité, forte croissance et valorisation supérieure ont surperformé les titres de mauvaise qualité, à faible croissance et faiblement valorisés. Les fonds Thematics ont globalement profité de ces évolutions.

 

Comment anticiper le jour d'après ?

 

Chez Thematics, leurs experts ne cherchent pas à anticiper le jour d'après, mais les trimestres d'après. Ils sont des investisseurs de long terme et leurs investissements reflètent leurs convictions à 2, 3, 4 ans, voire plus. Chacune des sociétés dans lesquelles ils investissent est poussée par une histoire de croissance séculaire.

 

Même si leurs investissements sont naturellement pénalisés à court terme par les mouvements erratiques des bourses mondiales, leurs convictions n'ont pas changé. Dans la période actuelle, ils observent les niveaux de valorisation de très près ; et cela peut les amener à ajuster leurs portefeuilles, mais sûrement pas à les transformer de fond en comble. La discipline à laquelle ils s’astreignent et la robustesse de leur processus de gestion leur permettent de rester serein dans la période actuelle. La sortie de crise sera compliquée, mais comme pour tous, ils y travaillent déjà.

 

 

L’analyse de la situation par Patrick Ganansia, Président du groupe Herez vient appuyer l’opinion de ces deux gérants, pour lesquels la crise sanitaire devient une crise boursière et sera certainement économique.

 

La gravité de l'épidémie Covid-19 et sa propagation en Europe et en Amérique du Nord est maintenant totalement prise en compte, à l'exception peut-être des Etats-Unis dont tous les Etats ne sont pas confinés.

 

La stratégie d'endiguement, au moyen de mesures de confinement mises en œuvre en Chine, a été efficace et plutôt rapide. Elle est désormais appliquée en Europe. Son coût économique sera très lourd.

 

La récession qui en résultera modifie les anticipations des bénéfices des sociétés et provoque une très forte correction des marchés d'actions (-35% en Europe ; -25% aux Etats-Unis). L'excès de cette correction, à la mesure de cette incertitude sur l'ampleur et la durée de cette récession, apparaîtra que lorsque la fin de la crise sanitaire sera entraperçue. Elle est déjà perceptible en Asie mais nous sommes encore à plusieurs jours du pic européen.

 

Les pouvoirs publics se mobilisent.

 

Cette correction est un facteur de déstabilisation que les pouvoirs publics s'attachent à modérer. Dans un premier temps, on s'est attaché à soutenir l'offre par des mesures monétaires, qui n'ont pas convaincu.

 

Il est apparu alors nécessaire que les Etats compensent par des mesures budgétaires l'impact économique de cette crise. Ces mesures viendront aggraver les déficits budgétaires et accroître le recours au marché des obligations pour les financer. La conséquence c'est que les taux obligataires, après avoir baissé sous l'impulsion des banques centrales, se sont raffermis dans la perspective d'une demande accrue.

 

On est alors confronté à une période très désagréable où la décorrélation entre actions et obligations ne fonctionnent plus et où les deux catégories d'actifs se déprécient. Cette situation incertaine s'accompagne d'une très forte volatilité au jour le jour avec des journées de hausse et surtout de baisse dans des proportions qui peuvent effrayer. Les actifs les moins liquides et les entreprises les plus endettées sont en risque. Fort heureusement, elles ne figurent pas dans les recommandations de Herez.

 

En conclusion, il faut attendre une éclaircie dans la crise sanitaire pour tirer parti de ces décotes.

 

L'expérience des précédentes crises a montré que dans ces phases, qui précèdent la capitulation des marchés, il importe de se montrer patient. Il n'existe guère d'actif refuge (même l'or a reculé). Par ailleurs, la volatilité rend les arbitrages très difficiles. Nous avons le sentiment que les marchés financiers sont en mode panique un peu exagéré et ont déjà intégré, au moins partiellement, un scénario très noir. Il est inévitable que l'environnement anxiogène, dans lequel nous sommes, influence les décisions au quotidien. Le marché a du mal à se projeter. Il ne vit que dans l'instant présent.

 

L'espoir fondé d'une résolution de la crise sanitaire, comme l'ampleur considérable des moyens financiers mis à disposition pour passer cette étape, laissent raisonnablement espérer un rebond. Les investisseurs ont tout intérêt à mettre en place une stratégie lente de réinvestissement sur des grandes valeurs et des obligations de grande qualité dont les rendements ont retrouvé des couleurs.

 

En synthèse, la crise actuelle sera peut-être salutaire à terme car elle peut contribuer à modifier positivement les comportements (plus de civisme), les méthodes (plus de télétravail et de digitalisation dans toutes les relations professionnelles), les façons d'organiser les circuits de production (moins de mondialisation) etc... et nous permettre de se recentrer sur ce qui est essentiel, ainsi que tracer la voie vers une économie plus verte, avec plus de partage et de solidarité.

 

 

 

(Source : H24 Finance)

 

 

 

 

 

 

 

 

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